Michel Cadet ou l’art de se contredire
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“Je n’ai pas à me prononcer sur le contenu.”
Voilà. L’affaire était réglée.
Enfin… en théorie.
Car les sept minutes qui suivent sont un véritable exercice de haute voltige politique. Pendant tout le reste de l’interview, Michel Cadet fait précisément ce qu’il affirme ne pas faire : il prend position.
Il nous explique “qu’il n’y a aucune problématique”, que les participants veulent simplement “chanter et manger”, que le Canon français est finalement comparable aux férias ou aux Nuits gourmandes.
Le maire ne se contente plus d’expliquer une décision administrative : il devient le meilleur avocat du Canon français.
Pourtant, personne ne reproche à des citoyens de partager un repas ou de pousser une chanson autour d’une table. Le sujet est ailleurs. Il concerne les organisateurs, leurs soutiens, leurs objectifs politiques revendiqués et les débordements déjà observés lors de certains événements.
Mais sur ces questions, silence radio.
Quand le journaliste évoque Pierre-Édouard Stérin, son engagement politique assumé et son soutien au Canon français, Michel Cadet répond Bolloré, puis Smartbox. Le détour est spectaculaire. La réponse, elle, reste introuvable.
Vient ensuite le grand moment démocratique de l’interview.
Michel Cadet cite un… sondage Facebook !
97 % ! Sur 4 000 clics. Manifestement, les enquêtes d’opinion ont trouvé leur remplaçant. Oublions les instituts de sondage, les méthodologies et les échantillons représentatifs : quelques clics sur les réseaux sociaux suffiraient désormais à trancher les débats municipaux.
Pourquoi s’embarrasser d’un conseil municipal quand Facebook semble pouvoir faire office de délibération ?
Mais la contradiction la plus étonnante arrive quelques instants plus tard.
Le maire affirme “qu’il n’y a aucune problématique”.
Quelques phrases après, il annonce que si des saluts nazis ou des comportements inacceptables étaient constatés, “il n’y aurait pas de deuxième soirée”.
Alors, résumons.
Il n’y a aucun problème.
Sauf qu’il faudra une sécurité renforcée.
Sauf que les organisateurs devront assurer leur propre sécurité.
Sauf qu’une deuxième soirée pourrait être annulée.
Sauf que des débordements sont suffisamment crédibles pour être évoqués spontanément.
Décidément, voilà une étrange définition de l’absence de problème.
Et puis arrive sans doute la phrase la plus révélatrice.
“Les 4 200 euros de location permettront de financer deux climatisations dans les écoles.”
Il fallait oser. En quelques secondes, un débat sur les valeurs républicaines, l’image de Périgueux et la responsabilité d’un maire est transformé en opération de comptabilité.
Combien vaut l’image d’une ville ? Manifestement, à Périgueux, environ deux climatiseurs.
Cette interview révèle finalement moins le Canon français que Michel Cadet lui-même.
Un maire qui affirme ne pas juger… tout en prenant la défense d’un événement pendant sept minutes.
Un maire qui assure qu’il n’existe “aucune problématique”… tout en préparant déjà l’hypothèse d’une annulation pour débordements.
Un maire qui invoque Facebook comme argument d’autorité.
Un maire qui réduit un débat politique à une recette de 4 200 euros.
À force de vouloir banaliser l’événement, Michel Cadet a surtout banalisé ses propres contradictions.
